Bibliographie non exhaustive de documents et oeuvres relatives au Rwanda:
Sorties 2009:
Les Complices de l'inavouable (Patrick de Saint Exupéry)
Le journaliste Patrick de Saint-Exupéry réédite son ouvrage de 2004 qui accuse François Mitterrand, certains de ses proches, une poignée de militaires et plusieurs responsables politiques français, dans le déclenchement du génocide rwandais de 1994. Dans une nouvelle préface, l'auteur s'insurge également contre les autorités françaises de droite comme de gauche, et leurs relais médiatiques qui, quinze ans après les massacres, continuent de dresser des rideaux de fumée pour empêcher la diffusion de la vérité.
Demain ma vie. Enfants chefs de famille dans le Rwanda d'après
parution le 2 avril, aux éditions Laurence Teper, de ce témoignage d'une jeune femme rwandaise, Berthe Kayitesi, qui vit actuellement au Canada : Demain ma vie. Enfants chefs de famille dans le Rwanda d'après.
Le génocide de 1994 emporta ses parents et beaucoup d’autres proches parents, amis et voisins. Ses frères et s?urs et elle-même ayant survécu, ils passèrent l’après-génocide dans divers lieux dont l’orphelinat, les familles d’accueil et les ménages d’orphelins. A travers l'itinéraire d'une adolescente devenue femme, il porte sur l'expérience des orphelins rescapés du génocide, plus particulièrement des orphelins chefs de ménage. L'auteur nourrit une réflexion sur l'après-génocide, le vivre-ensemble des criminels et des victimes, la survivance, la transmission et l'acte de témoignage.
http://www.metrofrance.com/loisirs/nous-n-avions-pas-a-mourir/midw!Mih92Sqhe5GW/
RWANDA 94: Mémoire triste, Justice improbable
Le génocide rwandais de 1994: une jeune femme témoigne à travers un livre-mémoire.
Cela fait déjà quatorze ans et plus, que le Rwanda a sombré dans un génocide atroce qui a fait près d'un million de morts en cent jours selon l'ONU. D'après certaines sources, l'élément déclencheur aurait été la mort du président Habyarimana dans le crash de son avion, jusqu'ici pas élucidé.
Entretemps quelques génocidaires ont été arrêtés et jugés mais beaucoup d'autres courent encore à travers le monde (notamment en R.D.Congo) ou sont installés confortablement un peu partout dans le monde. Le régime de Kigali (qui a stoppé le génocide) a été récemment accusé par les juges français et espagnol d'avoir occasionné l'élément déclencheur de ce génocide et il y a même eu l'arrestation de Mme Rose Kabuye, Chef du protocole présidentiel.
Kigali, de son côté et preuves à l'appui, a récemment riposté en sortant un rapport démontrant la responsabilité de la France avant, pendant et après le génocide. Ce que Paris a toujours nié bien entendu. Et pourtant, les témoins sortent de l'ombre petit à petit.
C'est en bravant tout danger que Campagna Gwiza Dancille nous parle à son tour de son vécu sur cette catastrophe hors du commun dans son livre ‘RWANDA 1994 : MÉMOIRES TRISTES, JUSTICE IMPROBABLE', disponible chez l'éditeur Books on Demand GmbH, https://www.bod.fr, 12/14, rond-point des Champs Élysées, 75008 Paris, France.
LE MASSACRE DES BAGOGWE
Un prélude au génocide des Tutsi. Rwanda
(1990-1993)
Diogène Bideri
Points de vue
HISTOIRE AFRIQUE NOIRE Rwanda
Depuis 1959 les Bagogwe étaient considérés par les populations hutu du nord du Rwanda comme une caste inférieure. Ils seront marginalisés par tous les régimes, traités par leurs compatriotes comme des gens non civilisés. A partir du 21 janvier 1991, des centaines de Bagogwe furent massacrés, des femmes violées. Plusieurs éléments laissent penser que le massacre des Bagogwe fut un des prémices du génocide de 1994. Le massacre avait été planifié par les tueurs, aux ordres des autorités politiques et militaires.
ISBN : 978-2-296-06972-5 • janvier 2009 • 148 pages
version numérique (pdf image-texte) : 3 516 Ko
Prix éditeur : 14,5 €
UNE JEUNESSE PERDUE DANS UN ABATTOIR D'HOMMES
Rwanda, un voyage dans un pays ensanglanté
Ephrem Inganji
Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 commençait, au Rwanda, le dernier génocide du XXè siècle et le plus rapide de l'histoire qui, en une centaine de jours, a emporté plus d'un million de vies. Cédric Ngoga attendait son tour parmi une foule de Tutsis en train de se faire tuer par les génocidaires lorsqu'il vit ses assassins se sauver. A 16 ans, il rejoint alors l'armée rebelle qui venait de lui sauver la vie... Dix ans après, désormais installé en Belgique, il décide alors de s'asseoir et d'écrire son histoire.
ISBN : 978-2-296-06864-3 • janvier 2009 • 206 pages
Sorties 2008
Il y a 14 ans, au mois d'avril 1994 débutait le terrible génocide du Rwanda. 1 million de morts. Très vite, les Editions Karthala ont publié deux ouvrages de référence sur cet épisode tragique dans l'Histoire des grands lacs d'Afrique. "Aucun témoin ne doit survivre" avec le concours de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme et sous la direction de l'historien Jean-Pierre Chrétien,"Rwanda, les médias du génocide" avec Reporters sans frontières. 14 ans plus tard, nous proposons deux nouveautés sur le même sujet: un témoignage personnel bouleversant et le travail d'un historien politiste rwandais qui plonge ses racines dans l'étude minutieuse du terrain.
Jean Paul Kimonyo est sans doute le premier historien rwandais à offrir un travail aussi ambitieux. Son ouvrage, "Rwanda, un génocide populaire" est le résultat d'une très longue enquête de terrain. M. Kimonyo a rencontré les acteurs survivants, il a travaillé sur les comptes rendu des registres municipaux. En employant la méthode de terrain des anthropologues, il réalise un livre d'une très grande portée historique qui explique, à partir du quotidien, comment le génocide a été conçu puis mis en oeuvre. Les deux nouveautés sur le génocide du Rwanda paraîtront dans la première quinzaine d'avril: "Rwanda, un génocide populaire" dans la collection Hommes et sociétés et ""Une jeunesse rwandaise" dans la collection Tropiques.
http://www.presseafricaine.info/article-19225208.html
La Nuit rwandaise, nº 2, revue annuelle
Sortie le 7 avril 2008, LIRE ICI, L'implication française dans le dernier génocide du XXème siècle . En hommage à Jean-Paul Gouteux
Guerres et Génocides au XXe siècle
Yves Ternon est un historien français. Il est docteur en histoire à l'université de Paris IV (La Sorbonne) .Il a d'abord été chirurgien, interne des hôpitaux de Paris. Il s'est ensuite consacré à la recherche sur les crimes contre l'humanité et, tout particulièrement, sur les génocides juif, arménien et du Rwanda, à propos desquels il a écrit de nombreux ouvrages. Il a aussi participé à la Commission d'enquête citoyenne sur l'implication de la France au Rwanda en tant que vice-président. Ternon est aussi l'auteur s'est également intéressé à la question du négationnisme
Sorties 2007
Se définissant comme revue annuelle (devant paraître chaque 7 avril, date anniversaire du début des massacres des familles tutsi et des démocrates hutu), la Nuit rwandaise ambitionne de faire la lumière sur l'implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Son titre est un hommage explicite à Jean-Paul Gouteux, chercheur à l'ORSTOM, décédé en juillet 2006, reprenant celui de son ouvrage central (publié en 2002 à l'Esprit frappeur), référence essentielle à ce propos. Plusieurs de ses textes les plus récents figurent dans ce numéro un, dont celui concernant le rôle de la hiérarchie catholique dans le processus ayant conduit au crime raciste de 1994. Au niveau de l'actualité immédiate, à signaler la minutieuse analyse par Jacques Morel et Georges Kapler de l'ordonnance de soit-communiqué du juge Bruguière mettant en cause Paul Kagame pour l'attentat du 6 avril 1994 à Kigali. Parmi les nombreux textes historiques complétant cette livraison, l'interview de Nicole Merlo, présente au Rwanda lors du début des massacres, apporte un éclairage inédit : pour la première fois une Européenne témoigne, en son nom et à visage découvert, de la participation physique de soldats français aux barrières mises en place par les miliciens interahamwe. Afin de contrôler la mention ethnique figurant sur les cartes d'identité (une invention du colonialisme belge) : si le terme « tutsi » y était inscrit, son ou sa propriétaire était aussitôt mis à mort. Enfants compris.
Entre mes stériles réflexions autour des récits sur l'immigration et ce Paris morose (je parle du climat ; sinon, le reste, « ça semble aller », comme disait il y a très longtemps mon pote Malemnbe), et en attendant d'aller voir Bamako gratos à la Villette, j'ai piqué chez Anne un bouquin. C'est un livre sur le Rwanda qu'il faut impérativement lire. Un livre tout de vert et d'africain vêtu écrit par un connaisseur : Jean Chatain de l'Humanité. Il fut l'un des premiers journalistes français à couvrir de près le génocide rwandais....En attendant pour bientôt ma petite fiche de lecture, je vous propose la quatrième de couverture, en fait, un extrait de la préface de José Kagabo (maître de conf à l'EHEES) qui a l'avantage non seulement de présenter le livre mais aussi de situer l'auteur.
CHATAIN,Jean. « Paysage après le génocide. Une justice est-elle possible au Rwanda», Paris, Le Temps des Cerises, 2007
« Tant de livres ont été et sont encore écrits sur le génocide « rwandais » qu'il serait tentant d'en esquisser une comparaison. Mais comment rapprocher des genres aussi différents que les témoignages à chaud d'acteurs de l'humanitaire présents sur le terrain pendant la période des massacres [..], les enquêtes institutionnelles ou d'ONG de défense des droits de l'homme [..], des témoignages de rescapés du génocide, des travaux universitaires, qui apportent, à partir de points de vue, de connaissances diverses et de pratiques professionnelles différentes, deséclairagestout aussi diversifiés ? Jean Chatain connaît bien toute cette production, et il le montre dans l'usage qu'il en fait dans son livre, Paysage après le génocide. Cependant, il a un parti pris, qui est celui d'un journaliste et qu'il assume totalement, dans la forme narrative comme dans la perspective d'analyse.
Journaliste à L'Humanité, Jean Chatain est un des rares grands reporters français (avec sa consoeur Monique Mas de Radio France Internationale qu'il cite abondamment) à avoir couvert la période des massacres et du génocide (avril-juin 1994) en suivant dans ses mouvements le Front patriotique rwandais (FPR) qui combattait les forces du gouvernement rwandais et l'armée régulière sous la responsabilité desquels étaient commises les atrocités. Il a donc enquêté « à chaud »,et c'est, entre autres aspects intéressants,
cela qui confère à son livre un caractère saisissant. » ( Extrait de la préface de José Kagabo)
La Stratégie des Antilopes (Jean Hatzfeld)
Grand reporter à Libération jusqu'en 2006, Jean Hatzfeld a couvert de nombreux conflits. Profondément marqué par son expérience au Rwanda, il publie Une saison de machettes (Seuil, 2003), dans lequel il rapporte ses entretiens avec les auteurs des massacres, et Le nu de la vie (Seuil, 2005), où il laisse la parole aux rescapés. La stratégie des antilopes, le troisième volet, est le récit des Tutsis réfugiés dans les forêts. Jean Hatzfeld y soulève la question du pardon et de la coexistence des bourreaux et de leurs victimes.
"Quand Satan a proposé les sept péchés capitaux aux hommes, l'Africain a tiré la gourmandise et la colère. J'ignore s'il les a choisis au premier tour ou au dernier. Ni ce que les Blancs ou les Asiatiques ont attrapé pour eux, car je n'ai pas voyagé dans le monde. Mais je sais que ce choix nous sera toujours contrariant. La convoitise souffle sur l'Afrique plus de chamailles et de guerres que la sécheresse ou l'ignorance. Et dans le brouhaha, elle a réussi à souffler un génocide sur nos mille collines.» OAS_AD('Position2');
Comme pour les alléger, Claudine Kayitesi interrompt ces paroles sur un lent sourire, et ajoute: «Je suis contente d'être africaine, car sinon je ne pourrais être contente de rien. Mais fière en tout cas pas. Peut-on être fière si on se trouve gênée? Je suis simplement fière d'être tutsie, ça oui, absolument, parce que les Tutsis devaient disparaître de la terre et que je suis bien toujours là.» Lors de ma dernière visite, deux ans plus tôt, Claudine occupait l'ancienne maison de sa cousine, en compagnie d'une marmaille des environs, en haut d'un chemin abrupt sur la colline de Rugarama. Une maison en pisé, déjà très lézardée et couverte de tôle rouillée, mais entourée d'un magnifique jardin odorant, soigné de ses propres mains. Derrière, une cahute abritait les marmites et l'enclos d'un veau. Depuis, les paysans des champs limitrophes sont sortis du pénitencier, en particulier l'assassin de sa soe; ur, qu'elle appréhende de croiser à la nuit tombée. Elle a donc été soulagée de quitter les lieux et de suivre, sur une autre parcelle, son mari Jean-Damascène, ancien camarade d'école primaire, au lendemain d'un mémorable mariage qu'elle raconte ainsi: «Avec mon époux, on s'est reconnus il y a deux ans, on s'est d'abord échangé des paroles d'amitié, on s'est envisagés à la Nouvelle Année, on s'est accordés en juillet. Le mariage a été une fête grandiose, les choristes l'ont préludé en pagnes ornementaux, comme sur les photos; j'ai vêtu les trois robes traditionnelles, mon mari a caché ses mains dans les gants blancs, l'église a proposé son enclos et ses nappes, trois camionnettes transportaient la noce, des Fanta, du vin de sorgho et des casiers de Primus, évidemment. L'ambiance nous a pris quelque trois jours inimaginables. Grâce au mariage, le présent montre un gentil visage, mais le présent seulement. Parce que je vois bien que l'avenir est déjà mangé par ce que j'ai vécu.»
Aujourd'hui, Claudine habite un pavillon de construction récente, aligné parmi les dizaines de pavillons identiques d'un moudougoudou encastré sur un versant de rocailles et de broussailles, un peu au-dessus de la grande route de Nyamata, à quelques kilomètres de Kanzenze. A notre arrivée, elle pose une gerbe de fleurs en tissu sur la table basse pour rehausser les bouquets naturels, éloigne de la cour une meute de gamins curieux, tire les rideaux, s'assoit dans l'un des fauteuils en bois avec une mimique amusée. «Encore des questions? feint-elle de s'étonner. Toujours sur les tueries. Vous ne pouvez donc cesser. Pourquoi en ajouter de nouvelles? Pourquoi à moi? On peut se sentir embarrassée de répondre. On peut se trouver blâmable en première ligne d'un livre. Dans les marais, les Tutsis ont partagé la vie des cochons sangliers. Boire l'eau noirâtre des marigots, fouiller la nourriture à quatre pattes dans la nuit, faire ses besoins à la va-vite. Pis, ils vous l'ont dit, ils ont mené l'existence du gibier, ramper dans la vase, écouter les bruits, attendre la machette des chasseurs. Mais une chasse surnaturelle, parce que tout le gibier devait bien disparaître, sans même être mangé. En quelque sorte, ils ont vécu la lutte du Bien et du Mal, directement sous leurs yeux, sans fioritures, si je puis dire.
«Moi, je dois bien penser que le Bien a finalement gagné, puisqu'il m'a offert l'opportunité de fuir et de survivre et que je suis désormais convenablement entourée. Mais le papa, la maman, les petites soe; urs et tous les agonisants qui murmuraient dans la boue, sans oreilles apprêtées pour entendre leurs derniers mots, ils n'ont plus à répondre à vos questions. Toutes les personnes coupées qui soupiraient après un souffle humain de réconfort, tous les gens qui savaient qu'ils s'en allaient tout nus, parce que leurs habits leur étaient volés avant la fin. Tous les morts qui pourrissaient enfouis dans les papyrus ou qui séchaient sous le soleil, eux tous, ils n'ont plus à qui dire qu'ils pensent le contraire.» Claudine garde un secret mais elle ne se plaint jamais de rien. Tous les matins, elle descend avec son mari dans le champ, à midi elle allume le feu sous la marmite, l'après-midi, elle va de-ci de-là, ses copines, la paroisse, Nyamata. Elle ne réclame plus réparation, renonce à la justice. Elle ne coopère guère, ne fait semblant de rien, ne craint pas les mots. Elle ne dissimule pas ses angoisses et sa haine des tueurs, ni sa jalousie envers ceux qui peuvent encore présenter leurs parents à leurs enfants, ni la frustration de n'avoir pas décroché un diplôme d'infirmière: «J'échange des mauvais regards avec les difficultés de rencontre sans baisser les yeux», résume-t-elle; mauvais regards qui contrastent avec la gaieté de son visage, ses robes en étoffe écarlate, la turbulence de ses deux enfants qui ne cessent de lui tourner autour.
Elle anticipe une question et sourit: «Oui, le calme est bien là. J'ai de beaux enfants, un champ un peu fertile, un mari gentil pour m'épauler. Il y a quelques années, après les tueries, quand vous m'avez rencontrée pour la première fois, j'étais une simple fille au milieu d'enfants éparpillés, dépourvue de tout, sauf de corvées et de mauvaises pensées. Et depuis, ce mari m'a fait devenir une dame de famille, d'une façon inimaginable. Le courage me tire par la main le matin, même au réveil de mauvais rêves, ou pendant la saison sèche. La vie me présente ses sourires et je lui dois la reconnaissance de ne pas m'avoir abandonnée dans les marais.
«Mais pour moi, la chance de devenir quelqu'un est passée. A vos questions, les réponses de la vraie Claudine, vous ne les entendrez jamais, parce que j'ai un peu perdu l'amour de moi. J'ai connu la souillure de l'animal, j'ai croisé la férocité de la hyène et pire encore, car les animaux ne sont jamais si méchants. J'ai été appelée d'un nom d'insecte, comme vous le savez. J'ai été forcée par un être sauvage. J'ai été emportée là-bas d'où l'on ne peut rien raconter. Mais le pire marche devant moi. Mon coe; ur va toujours croiser le soupçon, lui sait bien désormais que le destin peut ne pas tenir ses simples promesses.
«La bonne fortune m'a offert une deuxième existence que je ne vais plus repousser. Mais elle va être une moitié d'existence, à cause de la coupure. J'ai été poursuivie par la mort quand je voulais survivre de n'importe quelle manière. Puis j'ai été harcelée par le destin quand je demandais à quitter le monde et la honte qui gâchait mon intimité.
«J'avais offert ma confiance de jeune fille à la vie, sans manigances. Elle m'a trahie. Etre trahie par les avoisinants, par les autorités, par les Blancs, c'est une terrible malchance. On peut mal se conduire par après. Par exemple, un homme qui refuse de prendre la houe pour s'attarder au cabaret, ou une femme qui délaisse ses petits et ne veut plus se soigner.
«Mais être trahie par la vie, qui peut le supporter? C'est grand-chose, on ne sait plus se laisser aller dans la bonne direction. Raison pour laquelle, à l'avenir, je me tiendrai toujours un pas de côté.»
A la saison sèche, une torpeur poussiéreuse et néanmoins éblouissante fige la région de Rilima, la plus aride du Bugesera, où, sur une butte, s'élèvent les murailles en briques du pénitencier. Toutefois, en ce début janvier, une foule de prisonniers, sautillant sur place dans la cour, paraît indifférente à la canicule lorsque s'ouvrent devant elle les immenses portails. Ces détenus, revêtus de fripes disparates, s'élancent à petits pas précipités, comme s'ils voulaient sortir au plus vite sans risquer la moindre bousculade.
Sous les ordres de bidasses désabusés, ils se rassemblent à l'ombre d'un bois d'eucalyptus, seul îlot de verdure à l'usage des fonctionnaires de la forteresse. Ils ne chantent pas, comme d'autres prisonniers qui, plus loin, dans leurs uniformes roses, sans un regard pour eux, vont et viennent jusqu'au lac en deux files impeccables pour la corvée d'eau. Leurs chuchotements ne parviennent pas à dissimuler leur excitation. A la fois dociles et fébriles, inquiets et enjoués, ils ne semblent pas savoir quelle attitude adopter; non sans raison car, à la surprise de tout le monde et principalement d'eux-mêmes, ils viennent d'être libérés sans explication, après sept années de captivité.
La radio a diffusé l'information trois semaines plus tôt dans un laconique communiqué présidentiel lu tel un bulletin météo. Il annonçait la libération d'une première vague de quarante mille détenus, tous de grands tueurs condamnés pour génocide, dans six pénitenciers à travers le pays.
Au coup de sifflet, ces prisonniers de Rilima franchissent la barrière de l'enceinte avec des gestes obséquieux à l'adresse des gardes, dévalent un versant de rocailles et sautent par-dessus les taillis. Parmi eux se trouvent, une nouvelle fois ensemble, les gars de la bande de la colline de Kibungo, ceux qui participèrent au livre Une saison de machettes. Pio Mutungirehe, le benjamin de la bande qui n'est plus si jeune; Fulgence Bunani, l'éternel apprenti vicaire qui a miraculeusement sauvegardé ses sandales blanches pendant sa captivité; Jean-Baptiste Murangira, droit comme un i dans son rôle de président d'une association de repentance; Alphonse Hitiyaremye qui n'en peut plus de gesticuler ou de sourire, aux gardes, aux passants, aux collègues; Léopord Twagirayezu, à l'inverse, solennel; Pancrace Hakizamungili plus méfiant, presque aux aguets, mais qui pense déjà à sa première Primus; Adalbert Munzigura débordant d'énergie en tête du cortège, comme il l'était en première ligne des expéditions de tueries. Tous ensemble, à l'exception de Joseph-Désiré Bitero, confiné pour longtemps dans le quartier des condamnés à mort.
Pancrace se souvient de ce dernier jour au pénitencier:
«Vraiment, je ne croyais pas à cette chance extraordinaire de sortir un jour de prison. On entendait bien des ouï-dire de visiteurs, mais je ne comprenais pas comment ce pouvait être vrai. Le 2 janvier 2003, quand la radio nous a lu le communiqué présidentiel, on était trop réjouis, ça débordait des lèvres, on n'échangeait rien de plus que de simples paroles revigorantes. On a passé la dernière nuit en chantant. Nombre ne voulaient même plus manger. Deux ambiances dans la prison rivalisaient, les avouants échangeaient des alléluias, tandis que les désavouants lançaient des mots injurieux et des paroles frustrées.»
Son vieux compère Ignace Rukiramacumu:
«J'ai pensé à l'urwagwa qu'on allait boire. J'avais cru qu'on n'en goûterait plus jamais de la vie, qu'ils avaient tiré la porte derrière nous jusqu'à la fin du monde. Avant cette libération, chaque fois que de furieuses épidémies nous attaquaient, on s'imaginait bientôt enterrés en prison. On comptait le nombre de morts et le nombre qu'on restait, et on calculait le temps qu'on allait durer.
«Suite à mon grand âge, j'ai embarqué sur un camion réservé aux vieux et aux malades. On a stoppé à Nyamata dans les ténèbres. On n'osait pas monter par la forêt directement, on s'est blottis la première nuit dans la cour du district. Au matin, on a pris nos sacs. C'était jour de marché. On a contourné deux fois, sans oser s'approcher, puis on a grimpé les chemins. Parmi les gens croisés qui descendaient au marché, on reconnaissait des rescapés. J'ai entendu des cris de méchanceté au passage, des avis de vengeance, mais ça n'a pas duré. Il y en a qui lançaient des bonjours, même s'il s'entendait qu'ils ne venaient pas de bon coeur.»
La stratégie des antilopes
Jean Hatzfeld
SEUIL
312 pages.
Prix : 19 € / 124,63 FF.
MA MERE EST TUTSI, MON PERE HUTU
L' auteur sherbrookois Pierre Roy vient tout juste de faire paraître "Ma mère est Tutsi, mon père Hutu", un roman qui raconte le drame du Rwanda. Le roman de 117 pages s'adresse aux adolescents, mais les plus vieux ont aussi grand intérêt à le lire, question de comprendre un peu mieux les raisons qui ont provoqué cet immense drame.
Ce sont ses propres interrogations qui ont poussé Pierre Roy à entreprendre des recherches sur le sujet. Le drame ayant été assez peu médiatisé, les réponses étaient floues. Cette raison a d'ailleurs poussé l'ex-général Roméo Dallaire dans une longue quête pour faire mieux comprendre le drame et provoquer des changements dans la communauté internationale...
En arriver là? Au coeur du roman, Vincent, un jeune réfugié rwandais immigré à Montréal. En attente d'avoir officiellement "ses papiers" pour l'immigration en bonne et due forme, il attend dans son appartement pose des questions à son père et à son oncle, l'un Hutu et l'autre, Tutsi. Le roman pourrait se lire rapidement, mais il faut un moment de réflexion pour bien comprendre la réalité que dépeint l'auteur avec une grande exactitude et un souci historique marqué.
"À travers le récit, on apprend de façon objective ce qui s'est réellement passé au Rwanda avant et lors du génocide de 1994. Ça demeure par contre difficile de comprendre cette folie meurtrière", a avoué Pierre Roy.
Pour bien comprendre l'historique du drame, il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, lorsque l'Allemagne a cédé le Rwanda à la Belgique. "Les Belges ont alors décidé de favoriser l'élite hutu, dénigrant constamment les Tutsi. Un médecin belge, spécialiste de l'Afrique, alors avoir écrit: ''Avec un nez droit et des lèvres minces, ils sont intelligents, polis et raffinés. Ce sont des blancs que le soleil a foncé. Les Hutus, courts et trapus a cité Pierre Roy dans son roman. La rivalité a donc toujours été forte entre les deux clans, mais le pays a connu une période de calme relatif entre 1973 et 1990. Si c'est en 1990 que la guerre a débuté, c'est seulement beaucoup plus tard qu'elle a été médiatisée.
"Le tout a culminé le 6 avril 1994, alors que l'avion du président hutu a été abattu par des missiles. Là, ç'a commencé pour de bon..." a expliqué Pierre Roy. Pourquoi en sont-ils arrivés là? Difficile à dire, a précisé Pierre Roy, qui a néanmoins émis une hypothèse: "Ça couvait probablement depuis longtemps, depuis la période des tensions créées les Belges..."
THE MEDIA AND THE RWANDA GENOCIDE
sous la direction de Allan Thompson
Pluto Press/Fountain Publishers/ CRDI 2007
ISBN 978-1-55250-338-6, 480 p.
« Les médias d'information ont joué un rôle crucial dans le génocide de 1994 au Rwanda : les médias locaux ont attisé la tuerie, tandis que les médias internationaux ont soit ignoré les événements, soit amplement sous-estimé leur gravité.
Pour la première fois, un livre se penche sur les deux côtés de cette équation médiatique. L'ouvrage examine, d'une part, comment les radios et la presse écrite locales ont été utilisées comme un instrument de haine en encourageant des voisins à se retourner l'un contre l'autre. De l'autre, il présente une critique de la couverture qu'ont faite les médias internationaux des événements cataclysmiques au Rwanda.
En réunissant des reporters et des commentateurs du Rwanda, des journalistes occidentaux réputés et des théoriciens des médias de premier plan, ce livre est le seul à préciser et à sonder l'ampleur de la responsabilité des médias. Il examine également les délibérations du Tribunal pénal international pour le Rwanda sur le rôle des médias dans le génocide.
Ce livre est un compte rendu renversant de l'influence dangereuse que les médias peuvent exercer lorsqu'ils sont utilisés comme une arme politique ou lorsque les organes de presse et les journalistes abdiquent leurs responsabilités. Les auteurs formulent des suggestions pour l'avenir en soulignant comment on peut éviter la censure et la propagande et en plaidant en faveur d'une nouvelle responsabilité dans les comptes rendus médiatiques. L'ouvrage comprend une déclaration de Kofi Annan et une introduction de Roméo Dallaire.»
"Une guerre noire"
Gabriel Périès, David Servenay
420 p., 25 €
La Découverte
9 bis rue Abel-Hovelaque
75013 Paris
"Une guerre noire", l'ouvrage de Gabriel Peries et David Servenay enquêtant sur les origines du génocide rwandais (1959-1994) est disponible à la vente.
Au printemps 1994, au Rwanda, près d'un million de personnes ont été exterminées en quelques semaines.
Après quatre ans d'enquête, dans les archives du monde entier, sur le terrain, auprès des militaires français, rwandais et belges, à interroger diplomates et politiques, les auteurs de l'ouvrage tentent de répondre aux questions suivantes: Comment un tel crime de masse a-t-il été rendu possible ? Quelle est la responsabilité des grandes puissances occidentales et de la France, surtout, si proche des génocidaires ?
À l'aide de témoignages inédits et de documents confidentiels, ils lèvent le voile sur l'une des origines secrètes du génocide rwandais : la doctrine française de la « guerre révolutionnaire ».
TUTSIE ETC
Maggy Corrêa , de père portugais, de mère rwandaise tutsie, Suissesse d'adoption (elle habite en Valais depuis une vingtaine d'années) a été animatrice de radio et de télévision. Pour se présenter dans son récit autobiographique "Tutsie", elle écrit: "Le hasard, qui n'existe pas, fait que ma vie me semblera bien souvent en contradiction constante, en opposition perpétuelle avec les événements, avec l'une ou l'autre partie de moi-même. Quoi de plus banal, vous en conviendrez, que ce sentiment d'être en porte-à-faux avec la "normalité"? Blanche lorsqu'il aurait mieux valu être noire, Tutsie dans un monde de Hutus, Européenne alors que j'affiche l'Afrique à pleins traits. J'ai commencé par laisser faire ce hasard qui choisisait pour moi: ce fut ma rencontre au Rwanda avec celui qui allait partager ma vie durant vingt-trois ans et devenir le père de mes enfants. J'étais âgée de dix-huit ans et je n'avais jamais quitté mon continent."(p.15)
L'incompréhensible et l'absurde d'hier trouvent leur justification dans notre identité présente et à venir.
Aussi n'existe-t-il pas de question plus stupide que: "Et si c'était à refaire?".
Au vu de ce qui m'est arrivé, ma conviction est que nous n'avons pas le pouvoir de modifier fondamentalement les grandes lignes de notre destinée. Le pourrions nous que ça deviendrait une histoire qui ne serait plus la nôtre. Nous avons seulement le pouvoir, dans un cadre pré-dessiné, de saisir ou non l'opportunité, d'en choisir le détail plus ou moins important ou de lui donner des teintes plus ou moins lumineuses... ou sombres. Et c'est beaucoup! Nous avons le choix d'accepter ou non de vivre au mieux ce qui nous est proposé. Les données de base étant fixées, il faut "faire avec"!
Une seule certitude: la vie est belle. Toute vie est belle et, si on le veut bien, la plus forte. La vie envers et contre tout. La vie malgré tout.
Sorties 2006
| François-Xavier Vershave, l'homme qui voulait soulever les montagnes | Au pourfendeur de la France-Afrique, coordonné par Pierre Laniray, Éditions Les Arènes, 2006, 212 pages, 18 euros. Face aux attaques et aux calomnies, voici un hommage de ses amis à celui qui, pendant des années, a mis sa force de travail et de conviction au service de la dénonciation de la politique africaine de la France. Près d'un an après son décès, l'ouvrage retrace à travers certains de ses écrits biographiques et les témoignages de ceux qui ont partagé son combat, le parcours de l'homme, depuis l'origine de son engagement, avec la découverte de la Shoah et de la guerre d'Algérie jusqu'à sa volonté de faire la lumière sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi du Rwanda. Un retour salutaire sur le parcours exceptionnel d'un homme qui, de son « obsession permanente pour l'insertion des handicapés », à sa « réflexion sur les biens publics à l'échelle mondiale », a toujours cherché à « donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants ». |
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Génocidé |
R. Rurangwa © Presses De La Renaissance 2006 "Ils m'ont tué, moi et toute ma famille sur une colline au Rwanda en 1994. J'avais 15 ans. Je ne suis pas mort!" Son histoire fait frémir. Mutilé durant le génocide rwandais de 1994, amputé d'un bras par les hordes hutu, puis laissé pour mort et sauvé de justesse par l'organisation «Sentinelle» avant d'être soigné à Genève et de retourner dans son pays en 1996, Révérien Rurangwa a vécu l'horreur de l'intérieur.
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La fleur de Stéphanie |
ou " Rwanda, nous devons vivre avec nos tueurs". Editions Flammarion Au Rwanda, douze ans après le génocide des Tutsi, une politique de réconciliation décidée par les autorités rwandaises incite les génocidaires, en échange d'importantes remises de peine, à avouer leurs tueries et révéler l'endroit où les dépouilles ont été abandonnées. Ces aveux se font lors de gacaca, tribunaux inspirés de la justice traditionnelle, et face aux rescapés à qui, souvent, ne sont guère épargnés les détails les plus terribles. Une demande de pardon, souvent formelle, doit également être adressée au parquet puis transmise aux familles de victimes. Ainsi, des milliers de prisonniers ont-ils été libérés et sont retournés vivre sur les collines, aux côtés de rescapés. Certains d'entre eux ont choisi de s'impliquer dans la politique de réconciliation nationale et ont ainsi choisi de se confronter aux tueurs, parfois de leurs propres familles, afin de les amener à « la paix » et la nécessité de vivre ensemble. Douze ans après le génocide, Esther est toujours, elle aussi, à la recherche de la dépouille de sa soeur adorée Stéphanie. Un tueur a avoué les faits : Esther l'a rencontré, il lui a demandé pardon et livré le nom de complices qui, eux, persistent à nier. A travers cette quête personnelle d'Esther, nous sommes allées au Rwanda écouter la parole de ces rescapés avides de faire enfin leur deuil. Nous avons également tenté de comprendre pourquoi certains rescapés avaient choisi d'aller se confronter à leurs tueurs pour les convaincre de rebatgir une nation commune. Qu'est ce qui détermine leur (non) choix ? Y croient-ils vraiment ? Le pardon est-il possible ? Quel en est le prix ? Nous avons raconté cette situation absolument exceptionnelle et inouie dans La fleur de Stéphanie, hommage à la soeur d'Esther et à tous ceux qui, comme elles, ne peuvent encore avoir une sépulture digne. |
Inyensi ou Les cafards- |
L'auteur (Scholastique Mukasonga) raconte son enfance à Nyamata ou sa famille a été déportée en 1960 et ou elle a été massacrée pendant la génocide d'avril 1994 « Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage, mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d'amitié. Il y a d'un côté les collines ; il y a, de l'autre, le million de crânes qui les jonchent. Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c'est le remords des survivants, qui se traduit par les multiples cauchemars de l'auteur. D'où ce désir manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois pour apaiser les vivants et sanctifier les morts. Souvenirs d'enfance Un cauchemar tutsi Une longue litanie de persécutions, de morts et de massacres : tels sont les souvenirs d'enfance de Scholastique Mukasonga, une Tutsie du Rwanda. Pourtant, ces souvenirs sont antérieurs au génocide des 800 000 tutsis exterminés en 1994 dans la folie meurtrière qui s'empara des hutus après la mort du président hutu Juvénal Habyarimana dans un avion qui s'écrasa au sol à Kigali, la capitale. Continents Noirs nrf Gallimard (depuis le 2/03/06)
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L'ombre d'Imana |
L'Alliance des éditeurs indépendants, en partenariat avec Actes Sud et huit co-éditeurs africains, publie au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Rwanda, au Sénégal et en Tunisie le livre de l'écrivain ivoirienne, Véronique Tadjo : "L'Ombre d'Imana". Suite à une résidence d'écrivains au Rwanda, en 1998, Véronique Tadjo découvre les séquelles laissées par le génocide. Surmontant le choc initial, elle cherche à comprendre les causes de la barbarie. D'une plume qui mêle document, témoignage et fiction, elle tente de redonner des visages, des noms, des vies à ceux qu'elle a croisés, victimes ou bourreaux. En donnant la parole à un peuple replié sur sa douleur et sa peur, Véronique Tadjo parvient avec " L'Ombre d'Imana " à nous rendre proche sa détresse et réussit le pari d'écrire un livre non manichéen sur un sujet douloureux et complexe. Profondément humain et poignant, à la fois incisif et pudique, son texte tente de porter un regard humain sur une des pires inhumanités de l'Histoire. C'est en écrivain, et non en historienne ou en journaliste, qu'elle réagit à ce drame qui la touche dans son identité d'africaine et d'ivoirienne. Tout en soulignant la dimension collective des responsabilités dans le déclenchement de l'horreur, elle ne porte nul jugement : sa seule revendication est celle d'un devoir de mémoire. Osant briser le silence pour perpétuer le souvenir du génocide, son texte est un acte de foi dans la capacité de la littérature à guérir les gens et à réconcilier les peuples. Née en 1955 à Paris, Véronique Tadjo a été élevée à Abidjan. Son enfance a été marquée par de nombreux voyages entrepris en compagnie de ses parents. Elle a fait l'essentiel de ses études à Abidjan, puis s'est spécialisée dans le domaine anglo-américain à la Sorbonne Paris IV, où elle a passé un doctorat en Études Afro-américaines. Elle a beaucoup voyagé dans toute l'Afrique de l'Ouest, en Europe, aux États-unis et également en Amérique latine. Elle a enseigné dans le département d'anglais de l'Université Nationale de Côte d'Ivoire pendant plusieurs années. Actuellement, elle est écrivain et anime des ateliers d'écriture et d'illustration de livres pour enfants dans plusieurs pays. Elle a écrit plusieurs romans et recueils de poèmes et consacré une partie importante de son œuvre à la jeunesse. Après quelques années passées au Kenya, puis en Angleterre, Véronique Tadjo vit aujourd'hui à Johannesburg en Afrique du Sud. L'Alliance des éditeurs indépendants, depuis sa création en 2002, s'attache à faciliter des accords commerciaux solidaires entre ses 70 membres en soutenant des projets éditoriaux et notamment des coéditions. En effet, la coédition favorise le partage des tâches, les économies d'échelle, l'échange de techniques et de compétences, autant qu'elle garantit une sociabilité interprofessionnelle. La coédition de "L'Ombre d'Imana", publié en France par Actes Sud, s'inscrit dans une démarche d'aide aux éditeurs du Sud et de diffusion de la pensée. Ce projet se situe donc à la croisée de nombreux enjeux : circulation d'un texte dans l'espace francophone, prise de conscience des richesses intellectuelles du Sud, soutien des industries culturelles locales, promotion de la lecture et de la francophonie. Cette coédition se veut le premier jalon d'une entreprise de restitution de la littérature africaine à l'Afrique. Elle a pour ambition de susciter une dynamique éditoriale durable en renforçant la solidarité entre éditeurs du Sud et en donnant l'exemple d'un modèle de coédition viable sur le long terme. Cette initiative pourrait donc être pérennisée sous la forme d'une collection coéditée et coordonnée par les éditeurs africains. Mise en vente simultanée la 2eme semaine de mars 2006 Co-éditeurs : Akoma Mba (Cameroun), Cérès (Tunisie), Edilis (Côte d'Ivoire), Khoudia (Sénégal), Ruisseaux d'Afrique (Bénin), Sankofa & Gurli (Burkina Faso), Silence (Gabon), Urukundo (Rwanda)
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Rwanda, le pays hanté |
Le reporter-photographe Christophe Calais est allé à la rencontre du Rwanda post-génocide. Le livre Rwanda, le pays hanté fait la somme de plus de vingt voyages dans la région, entre juin 1994 et juillet 2005. Touché par l'intensité des photos, le jeune chanteur Corneille, rescapé du génocide, a prêté le texte d'une de ses chansons pour introduire l'ouvrage Entre juin 1994 et juillet 2005, le reporter-photographe Christophe Calais a effectué plus d'une vingtaine de voyages dans la région des Grands Lacs, plus particulièrement au Rwanda. En juin 1994, celui-ci sortait tout juste du génocide qui a fait, en trois mois, plus de 800 000 morts parmi les Tutsis et hutus modérés. Armé de son appareil photo, Christophe Calais est allé interroger le pays et ses habitants. Comment vit-on après l'horreur ? La réponse se trouve dans son livre, Rwanda, le pays hanté , qui vient d'être publié. Un livre au contenu aussi dense que son format, petit et légèrement à l'italienne. Hanté par le génocide, le Rwanda l'est sans conteste. Les morts et la mort rôdent encore autour des collines. Le livre s'ouvre et se referme sur une série de photos en couleur fantomatiques. Certaines sont floues. Les paysages y sont noyés dans la brume ou la pénombre et lavés par la pluie, les silhouettes y sont inquiétantes et imprécises. Dans le reste du livre, les photographies de reportage en couleur côtoient des portraits intenses en noir et blanc. Les visages des bourreaux et celui des victimes se rejoignent. Les photographies de cadavres et de crânes parlent plus que les légendes... "Sur la tombe de mes gens" Christophe Calais remonte le temps. Il explique la création du mémorial de Murambi où, le 14 avril 1994, 50 000 personnes ont été massacrées. Il fixe à jamais les regards de cette « famille d'enfants », qui survit à Kigali après la mort de leurs parents : Jean-Pierre, 14 ans, le chef de famille, Jean-Paul, 12 ans, Jean-Bosco, 10 ans, Apollinaire, 8 ans et leur cousine Nadine qui leur prépare à manger. Il suit la fuite des Hutus en République démocratique du Congo, en juillet 1994, par crainte des représailles du nouveau pouvoir rwandais dominé par les Tutsis. Puis leur retour au Rwanda, en 1996, chassés par la guerre civile congolaise. Il photographie le début du procès des militaires génocidaires à Arusha, en Tanzanie, en 2004. Il est dans les prisons du pays, où plus de 130 000 personnes sont détenues, accusées d'avoir participé au génocide. Il voit la mise en place des premières juridictions gacaca, tribunaux populaires inspirées des assemblées villageoises et assiste aux cérémonies commémorant le dixième anniversaire du génocide, le 7 avril 2004. Pour terminer sur une photo de l'Hôtel Palm Beach de Gisenyi et de l'Akagera Lodge, dans le parc naturel de l'Akagera. Une façon de dire que tout est prêt pour un retour à la normale. Malgré tout, d'autres images restent gravées, comme celle de cette femme en larmes, « devenue folle d'avoir tué » dit la légende. Ou celle de Claudine, 23 ans, torturée, laissée pour morte et qui a perdu toute sa famille. Longtemps, elle s'est crue folle : sur la photo, elle est entourée de deux personnes. Claudine est floue sur le cliché. Aussi floue que sa vie. La force de ces photographies et l'émotion qu'elles dégagent ont touché Corneille, le jeune chanteur de R'n'B rwandais, rescapé du génocide. Il a prêté le texte d'une de ses chansons, « Sur la tombe de mes gens », en guise d'introduction. Il explique : « Au moment où je commence à envisager un retour au pays, une appréhension me retient. La peur de l'inconnu, je suppose. « Sur la tombe de mes gens » est née de ces moments de doute. Les photographies de Christophe Calais racontent ce que je dis dans cette chanson mieux que mes propres mots. Cette rencontre a permis la réconciliation de ma mémoire avec mon pays ». Rwanda, le pays hanté , photographies de Christophe Calais, texte de Corneille, éditions du Chêne.
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Barnum
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Désœuvré, blasé, Antoine s'ennuie à Paris lorsqu'on lui propose de rejoindre une ONG qui intervient au Rwanda pour secourir une population naufragée par le génocide. Le choc avec l'Afrique, avec la souffrance, avec la violence, avec la mémoire à vif d'atrocités inimaginables, est intense. Chargé de convoyer et de distribuer la nourriture dans divers camps de réfugiés hutus, que fait Antoine, selon ses propores dires, si ce n'est "enterrer les morts et nourrir des assassins" ? Il était cynique mondain, il devient distancié-efficace, à l'image des pros du "barnum", ce cirque humanitaire qui plante ses tentes partout où le malheur frappe à grand échelle : techniciens, infirmières, logisticiens d'ONG à la fois "spécialistes" et accros du malheur des autres, poussés par un mélange d'authentique générosité, de mal-être profond ou de simple carriérisme. De temps en temps, une montée d'adrénaline lui rappelle que la vie, et en particulier la sienne, a un prix, comme quand, sur une piste en pleine nuit, un gosse drogué lui pose le canon de son Kalachnikov sur la tempe... Et puis les couleurs, les odeurs de l'Afrique sont là pour le griser quand ni la fréquentation de ses congénères, ni celle de ses assistés ne suffisent à le réconcilier avec lui-même. Pierre Brunet chez Calman Lévy
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| Purifier et détruire, usages politiques des massacres et génocides | Seuil, 492 pp., 22,80 €. Les travaux de Jacques Sémelin ne font pas l'objet du même tintamarre médiatique, et pour cause : son livre, fruit de plusieurs années de recherche, ne vise pas à vilipender les responsables du massacre, mais à éclairer les processus qui y mènent. Dans son voyage au coeur de la barbarie extrême, ce chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ne limite pas son champ d'investigation au «pays des Mille Collines». Il revisite la Shoah et parcourt les campagnes de «nettoyage ethnique» en Bosnie. Irriguée par les nombreux travaux déjà menés sur ces massacres, cette étude comparative lui permet de dégager non pas un modèle, mais une série d'invariants qui, conjugués les uns aux autres, peuvent conduire au crime de masse. Jacques Sémelin évoque notamment la destruction du lien social sous l'effet de la guerre et/ou de la crise économique, le basculement des élites intellectuelles et politiques dans la désignation haineuse d'un Autre fantasmé, le sentiment d'une menace extérieure imminente (souvent la guerre aux portes d'un pays), relayée par une «cinquième colonne» qu'il convient, dès lors, d'éliminer. Pour les nazis, c'est la menace «judéo-bolchevique». Pour les Hutus, le Front patriotique de Paul Kagame qui tient une partie du territoire rwandais (au nord) et paraît en mesure de conquérir le pays en quelques jours. Pour les Serbes, ce sont les «Oustachis» qui les ont massacrés durant la Seconde Guerre mondiale et qui, assurent-ils, sont revenus au pouvoir à Zagreb, puis les «fondamentalistes musulmans» de Sarajevo qui ont proclamé l'indépendance de la Bosnie. Mais l'une des forces du livre réside dans la place qu'il accorde à l'imaginaire. L'auteur insiste sur la «rationalité délirante» qui selon lui est à l'oeuvre dans toute entreprise de destruction humaine. Pour qu'une population s'adonne collectivement au crime, il faut d'abord qu'elle soit convaincue qu'il y va de sa propre survie. Elle doit éliminer cet autre qui menace son existence même, ce juif ou ce Tutsi qui incarne «le diable». «Celui qui va devenir l'assassin se présente ainsi comme la victime», indique Sémelin. Pour sauver le «nous», il faut à tout prix rayer de la surface de la terre le «eux». «L'entrée en tuerie, écrit l'auteur, semble presque toujours impliquer ce tour de passe-passe stupéfiant qui conduit à assimiler la destruction de civils à un acte de guerre parfaitement nécessaire. Dès lors, le massacre relève de la légitime défense.» Pour illustrer son propos, Jacques Sémelin cite le journal de bord écrit par Félix Landau, un officier SS chargé d'éliminer les juifs sur les marges de la Russie. A la date du 5 octobre 1941, il note : «Pour les premiers véhicules, ma main a tremblé au moment de tirer, mais l'on s'y habitue. Au dixième, je visais calmement et tirais de façon sûre sur les femmes, les enfants et les nourrissons. J'avais à l'esprit le fait d'avoir aussi deux nourrissons à la maison, avec lesquels ces hordes auraient agi exactement de même, voire peut-être dix fois pire.» |
Sorties 2005
| Coups de foudre sur le Rwanda |
Un livre pour raconter comment l'esprit et l'acte génocidaires sont nés et comment ils ont balafré le petit Etat d'Afrique Centrale. Bernard Chupin, qui a brievement séjourné en 1965 dans le Pays des milles collines et qui y est retourné en 2004 pour se recueillir sur la tombe de victimes, ne manque pas d'épingler le rôle de la France dans le massacre de quelque 800 000 Tutsis et Hutus dits « modérés. Bernard Chupin a connu le Rwanda dans les années 1960. Il y a séjourné en 1965 et témoigne du fait que le génocide a commencé bien avant avril 1994, même si c'est la date que l'Histoire retiendra sans doute le plus. Dans Coups de foudres sur le Rwanda , il couche sur papier la façon dont il a ressenti le drame qui a ôté la vie à quelque 800 000 Tutsis et Hutus dits « modérés ». Il revient sur son court voyage dans le Pays des milles collines et sur la peur des habitants, déjà palpable en 1965, car des Tutsis y étaient chassés et tués. Il raconte aussi son retour sur cette terre qu'il aime tant en 2004, pour se recueillir sur la tombe des victimes à l'occasion des dix ans « officiels » du génocide. Bernard Chupin décrit, avec une lucidité empreinte de lyrisme ou parfois de cynisme, ce qu'il a vu, senti et retenu des témoignages ou de ses lectures sur la catastrophe rwandaise. Admettant la part de responsabilité des Rwandais, il s'indigne de la réaction tardive de la communauté internationale et dénonce la haine des Hutus contre les Tutsis construite par la Belgique, ancienne force colonisatrice. Mais il n'oublie pas la France. Sa douce France qu'il n'hésite pas à juger comme coupable de complicité de génocide. Pour avoir fermé les yeux alors qu'elle aurait pu empêcher des massacres, pour avoir fourni des armes aux assassins, pour les avoir formés et même protégés au cas où la justice leur demanderait des comptes. Ce constat, l'auteur le fait la mort dans l'âme, le cœur à vif et les yeux pleins de larmes. Parce que son pays, qui a bafoué les droits de l'Homme dont il a accouché, il l'aime. Et que, comme tout amoureux trahi, il souffre terriblement. La complicité de la France lui brise le coeur Surtout lorsqu'il participe aux cérémonies de commémoration ou se rend sur les tombes de certaines victimes des machettes. Surtout quand il parle à des Rwandais et que le malaise l'envahit parce qu'il craint que ses interlocuteurs ne voient en lui qu'un Français fourbe venu voir le Rwanda se remettre des atrocités auxquelles l'Hexagone a pris part. Surtout lorsqu'à la commémoration il voit la maigre délégation française minauder, se vexer et tourner les talons après que le Président Paul Kagamé n'ait pas manqué de souligner la responsabilité de la France dans le génocide. Et pour qu'elle ne tombe plus dans ces travers, il appelle la nation bleu-blanc-rouge à se réveiller. Laissant échapper la peine qui l'étreint quant au rôle de l'Occident, il écrit : « Bravo mon Occident ! De bons chrétiens tu as fait des musulmans, de bons habitants des collines tu as fait des révolutionnaires sanguinaires ! C'est à pleurer. D'ailleurs je pleure sur toi, mon Occident, sur la tombe de Rosalie Gishanda, que j'avais croisée il y a quarante ans et dont le regard en biais, insondable, trahissait déjà une tristesse sans fond devant un destin inéluctable. Mon Occident, tu es bête à pleurer et je pleure parce que je t'aime, comprends qu'il est temps que le regard d'Orphée ne vienne plus perturber les Cercles de l'Afrique ». Et il avertit que le génocide pourrait recommencer si des mécanismes préventifs ne sont pas mis en oeuvre. Et de conclure avec amertume que si ce scénario se produit : « Les machettes reprendront du service pour ‘finir le travail', et comme les Tutsi ne sont ni Slaves, ni Juifs, ni Arabes, les opinions baisseront à nouveau les yeux sur leurs reality-shows, autrement bien plus vivants ». Pourvu qu'il se trompe et que la terre rwandaise ne soit plus rougie par le sang. Editions Pays & Terroirs |
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Génocide: contre-offensive française Une enquête dont on connaît les conclusions avant même de l'avoir menée, cela s'appelle de la propagande. Et c'est bien de ce registre que relève le dernier livre de Pierre Péan (1), ultime avatar d'une série d'ouvrages publiés en France depuis le 10eanniversaire du génocide, en 2004, et visant à innocenter celle-ci ou à accuser le FPR de génocide. Il faut se rappeler que ce 10eanniversaire avait été marqué par la publication du livre du journaliste du «Figaro», Patrick de Saint-Exupéry, «L'inavouable - La France au Rwanda». «Déchiré» , le journaliste y racontait comment il avait découvert, en plusieurs années, que la France avait aidé les génocidaires rwandais «avant, pendant et après» le génocide et comment une part de l'armée française, appuyée par le président Mitterrand et une section de la droite politique, avait utilisé le pays des Mille Collines comme un «laboratoire» pour «tester» sa théorie de la guerre révolutionnaire, élaborée en Indochine et «mise en oeuvre en Algérie» avant que le général de Gaulle y mette «un coup d'arrêt». «La doctrine ne cessera pourtant d'être repensée et perfectionnée» au sein de l'armée française et, appliquée au Rwanda, permit «de transformer une intention de génocide en acte de génocide» , accusait Saint-Exupéry. La parution de ce livre entraîna la mise sur pied d'une «Commission d'enquête citoyenne» et le dépôt, devant le Tribunal aux armées, de six plaintes visant des militaires français. Le prestige personnel de l'auteur de ce livre, détenteur des prix de journalisme «Albert Londres» et «Bayeux des correspondants de guerre», le nom glorieux de notre confrère, neveu d'Antoine de Saint-Exupéry -mort aux commandes de son avion durant la Seconde Guerre mondiale et auteur du «Petit prince» - ajoutaient à la rage de ceux qui approuvent la politique française au Rwanda. Il fallait donc déclencher la grosse artillerie pour répliquer. C'est ce que fait Pierre Péan. Celui-ci écarte l'ouvrage qui gêne d'un «inutile de feuilleter les 288 pages du livre: elles reprennent grosso modo tous les poncifs» des «pro-FPR» (NdlR: ce qui est inexact: la thèse de Saint-Exupéry est originale), pour s'appesantir exclusivement sur une date qu'il conteste et qui est l'un des enjeux des plaintes déposées devant le Tribunal aux armées. Dans ce long ouvrage, parfois confus, Pierre Péan défend la thèse des extrémistes hutus. Voyons plutôt. 1. «Les Tutsis sont menteurs». «Le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus» , écrit l'auteur. Il n'explique cependant pas pourquoi, dans ce cas, il s'appuie tant sur le témoignage d'un déserteur du FPR, Abdul Ruzibiza, qui est Tutsi, pour soutenir la thèse selon laquelle c'est le FPR qui a abattu l'avion du président hutu Habyarimana, attentat qui fut le signal de départ du génocide. 2. «C'est le FPR qui est le responsable du génocide des Tutsis». C'est le seul point sur lequel Pierre Péan diverge légèrement de la thèse des extrémistes hutus. Bravant l'abondance d'indications sur une préparation du génocide, ces derniers affirment que les massacres généralisés de Tutsis et des Hutus qui s'opposaient à cette mise à mort furent dus à une manifestation de colère «spontanée» de la population hutue après qu'on eut tué son Président. Notre confrère français complique ce refus de culpabilité: il dit tout à la fois que «Kagame a planifié l'attentat, donc planifié aussi sa conséquence directe: le génocide des Tutsis perpétré en représailles» ; que le FPR a manipulé le gouvernement et «les nationalistes» hutus pour qu'ils commettent des massacres afin que Kagame puisse prendre le pouvoir; et enfin, en même temps, que ce dernier «a fait croire que les Hutus qu'il a fait massacrer en grand nombre étaient des Tutsis». 3. «Le FPR utilise les femmes tutsies pour manipuler tout le monde». L'accusation figurait déjà dans le «Manifeste des Bahutu» , considéré comme un document préparatoire au génocide. Pierre Péan la reprend telle quelle, notamment pour expliquer des «dysfonctionnements dans le dispositif français» au Rwanda avant le génocide, en soulignant «l'infiltration de femmes tutsies auprès de nombreux Français». Qui vérifiaient l'ethnie des séductrices sur leur carte d'identité avant de succomber à leurs charmes? 4. «La Belgique est complice du FPR». Là où les extrémistes hutus se contentent de l'affirmer, notre confrère français fignole avec une décoiffante démonstration: les coupables sont les libéraux francophones de Jean Gol, assoiffés de pouvoir, eux aussi, qui appuient le FPR pour faire chuter le gouvernement «de leurs ennemis de la démocratie-chrétienne». Au bout du compte, «l'impulsion qu'il (Jean Gol) donna, reprise après sa mort, le 18 septembre 1995, par Alain Destexhe et Guy Verhofstadt, a finalement balayé les sociaux-chrétiens tant abhorrés de la (sic) CVP et a remis la famille libérale au pouvoir en 1999». Les Belges, eux, se souviennent que Jean-Luc Dehaene est tombé, en 1999, sur la crise des poulets à la dioxine. Plus insidieux: Péan laisse entendre -sans avancer le moindre indice- que ce sont plusieurs des paras belges assassinés aux débuts du génocide par les extrémistes hutus, dont le lieutenant Lotin, qui avaient amené à Kigali les missiles qui ont abattu l'avion du président Habyarimana. Plus généralement, on est frappé par le goût de Pierre Péan pour les attaques ad hominem, rédigées comme des fiches de renseignement, destinées à nuire à ceux qui ne défendent pas sa thèse (des «anti-France» s'emporte-t-il) et parfois basées sur des inventions -si j'en juge par les quelques lignes qui me sont consacrées. Notre confrère semble coutumier du fait: s'il encense aujourd'hui le juge Bruguière qui, sur base du témoignage du déserteur Ruzibiza, accuse le FPR de l'attentat contre l'avion présidentiel, Péan, en 2001, dans son livre «Manipulations africaines», accusait le même magistrat -qui avait alors le tort de soutenir une autre thèse que la sienne sur les auteurs de l'attentat de 1989 contre un DC 10 d'UTA- d'utiliser des méthodes «expéditives» et décelait «un côté barbouze» chez M.Bruguière, dont les affaires se révélaient «vides ou mal ficelées». Bref, s'il doit bien se trouver du vrai dans la littérature de M.Péan, il est enfoui dans une telle panade qu'on ne le reconnaît plus. Oui, le FPR a commis des massacres et peut-être est-il l'auteur de l'attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana. Mais l'ouvrage de notre confrère français manque sa cible: il ne nous fait pas oublier que ce sont les extrémistes hutus qui ont préparé et exécuté le génocide d'un million de personnes et ne nous convainc pas que la France -dont un officier commandait l'armée hutue à partir de février 1992- n'y est pour rien. Autre commentaire: ICI |
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| Le feu sous la soutane | Auteur: Benjamin Sehene Inspiré d'une histoire vraie, ce roman raconte, au coeur du génocide rwandais, les affres psychologiques et la déchéance morale d'un prêtre hutu accusé de viols et de crimes contre l'humanité. On suit au quotidien la mécanique qui mène à consentir puis à participer à l'extermination d'un million de personnes en cent jours. Exilé en France, Stanislas y sera mollement poursuivi. Répondra-t-il de ses actes devant la justice des hommes ? Ce récit aborde la question du rôle de l'Église dans le génocide de 1994. Editions: L'Esprit Frappeur http://www.benjaminsehene.com/ |
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| Par dessus l'épaule de Théodore - Carnet du Rwanda | Dans un taxi et par dessus l'épaule du chauffeur, un photographe observe le Rwanda, quelque dix années après le génocide. Jean-Luc Cramatte saisit des instants de vie et de survie. D'étranges moments où rien ne semble trahir le drame pourtant si proche, avec ça et là, de terribles images qui surgissent et ramènent avec elles le drame vécu. Jean-Luc Cramatte a choisi de demander à quatre écrivains (David Collin, Bruno Doucey, Christian Doumet et Nimrod) d'accompagner ses photos d'un texte. De cet ensemble est né Par dessus l'épaule de Théodore. L'impression est étrange. Les images paraissent saisies sous le double prisme de l'objectif de l'appareil et de la vitre du véhicule. Il en ressort une étrange impression d'instants dérobés, furtifs comme le passage de la voiture, comme le séjour du photographe. Des bribes de temps et d'espaces. Des fleurs le long d'un mur, un marchand de journaux, une publicité pour un soda ou une marque de bière, des vélos et des mobylettes, un commerce de « frigos d'occasion «mais aussi, au détour de la route, un espace clos pour une tombe, des lambeaux, une parcelle de terre qui recouvre un charnier... La vie et la mémoire mêlées. Les écrivains ont mis leurs mots en préface à ces images, avec une distance qui sied à l'entreprise. Au bout du compte, le livre dérange. A bon escient. Il est témoignage et «feinte» comme l'affirme le Tchadien Nimrod, qui voit en ces traces des «cartes postales envoyées du front»... Ouvrage coordonné par Jean-Luc Cramatte. Editions Labor et Fidès, 120 pages.
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| Rwanda 1994. Les politiques du génocide à Butare | PUBLICATION D'UN LIVRE D'ANDRE GUICHAOUA SUR LA REGION RWANDAISE DE BUTARE
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Rwanda 1994. Les victimes et les complices oubliés du génocide des Tutsi |
Cette brochure constitue un nouveau support de sensibilisation du grand public au dernier génocide du 20ème siècle et au combat de l'association Survie contre l'oubli, le négationnisme et pour la vérité sur l'implication de la France. Prolongement de la campagne menée par Survie au niveau national en 2004 pour la 10ème commémoration, cette brochure expose l'histoire du Rwanda, la contruction idéologique qui a abouti au génocide, l'attitude de la communauté internationale et l'implication française. Elle met aussi en avant le travail de vérité réalisé par la Commission d'enquête citoyenne (CEC) organisée en mars 2004 et qui a abouti à la constatation d'une complicité multiforme des responsables politiques et militaires français dans le génocide. Abordant la situation du Rwanda aujourd'hui (la difficulté de la justice et du "vivre ensemble", les séquelles traumatiques et le Sida), cette brochure est un encouragement à la continuation du combat pour la mémoire
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Imprescriptible |
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L'horreur qui nous prend au visage |
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Rwanda 1994-2004: des faits, des mots, des oeuvres Dix ans aprés: Réflexions sur le génocide rwandais |
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| Rwanda 1994: Tome I - Descente en enfer | Bande dessinée
Mathilde est une jeune mère de trois enfants. Elle vit au Rwanda. Elle est rwandaise, de l'ethnie Tutsi. Ce jour de mai 1994, elle va apprendre ce qu'il en coûte d'être né(e) Tutsi en cette fin du XXème siècle. En effet, un attentat contre le président du pays va mettre le feu aux poudres et va lever les Hutu contre les Tutsi. Du jour au lendemain, le Rwanda devient un véritable terrain de chasse. C'est la guerre civile, une guerre honteuse qui fera de tout un chacun un ennemi pour l'autre. |
Sorties antérieures:
MUJAWAYO Esther et BELADDAD Souâd, Survivantes : Rwanda dix ans après , Editions de l'Aube, 2004.
Hanna JANSEN, J'irai avec toi par mille collines, Editions Jeunesse, Livre de poche, 2004 .........Jeanne d'Arc Umubyeyi, petite fille tutsie, vit dans une famille aisée et cultivée au Rwanda. Elle grandit avec son frère Jando (Jean de Dieu) et sa petite sœur Teya (Catherine), au milieu d'une nature luxuriante. Et puis, subitement, en avril 1994 (elle a 8 ans), son monde s'écroule. Parqués dans un gymnase par les Hutus, les Tutsis sont victimes d'un génocide organisé. Jeanne voit toute sa famille mourir sous ses yeux. Seule rescapée, elle est recueillie par une ancienne voisine, Maria.
Il s'agit du tome 1 de l'histoire véridique de Jeanne (tome 2 à paraître en avril 2005), racontée par sa mère adoptive allemande, Hanna Jansen elle-même. Elle introduit le récit oral que sa fille lui a fait peu à peu par des petits paragraphes tirés de la situation présente (« Je t ‘écoute. »). L'amour de la mère allemande transcende l'état d'intermédiaire qu'elle représente entre Jeanne et le lecteur, et une émotion très forte se dégage de ce livre. Je pense personnellement qu'un témoignage direct de Jeanne aurait peut-être eu un impact affectif moindre. Nous ne vivrons jamais l'expérience – si simple et si triste - de Jeanne, mais nous pouvons la toucher au plus près grâce à Hanna Jansen.
Un des rares romans de jeunesse traitant du génocide rwandais, best-seller en Allemagne, à ne manquer sous aucun prétexte.
COQUIO Catherine, Rwanda : le réel et les récits , Éditions Belin 2004.
KAYITESI Annick, Nous existons encore , Michel Lafont, 2004.
SAINT EXUPERY (de) Patrick, L'inavouable : La France au Rwanda , Les Arènes, 2004.
MEDECINS DU MONDE, Le génocide des Tutsis du Rwanda: une abjection pour l'Humanité, un échec pour les humanitaires, Médecins du Monde 2004
SAUR Louis, Le Sabre, la machette et le goupillon: Des apparitions de Fatima au génocide rwandai s, Mols, 2004.
VULPIAN (de) Laure, Rwanda : un génocide oublié ? Un procès pour mémoire , Editions Complexe, 2004.
DALAIRE Roméo, J'ai Serré la main du diable : La faillite de l'humanité au Rwanda , Libre Expression, 2003.
GODARD Marie-Odile, Rêves et traumatismes ou la longue nuit des rescapés , Erès, 2003.
HATZFELD Jean, Une saison de machette , Seuil (Fiction et Cie), 2003. DISPONIBLE EN "LIVRE DE POCHE"
WAINTRATER Régine, Sortir du génocide, témoigner pour réapprendre à vivre , Payot, 2003.
GOUTEUX Jean-Paul, La nuit Rwandaise : l'implication française dans le dernier génocide du XX siècle , Izuba Éditions avec l'Esprit Frappeur, 2002.
DELCUVELLERIE Jacques, COLLARD Marie France, MIEMME Jean Marie, SIMONS Mathias et MUKAGASANA Yolande, Rwanda 94 , (témoignage artistique) par GROUPOV, Editions Théatrales
Rwanda 94, conçu par ses auteurs comme une "tentative de réparation symbolique envers les morts, à l'usage des vivants" se propose de rendre voix et visage aux victimes, d'interroger les mtifs et le processus de leur assassinat. Le spectacle a été créé au festival d'Avignon 1999. Depuis, il a été joué en France, en Allemagne, en Belgique, au Canada et récemment au Rwanda; il fut primé à plusieurs reprises.
KAYIMAHE Vénuste, France-Rwanda : Les coulisses d'un génocide, témoignage d'un rescapé , Dagorno, 2002.
BIZIMANA Jean Damascène, L'Église et le génocide au Rwanda : Les pères blancs et le négationnisme , L'Harmattan, 2001.
GOUTEUX Jean-Paul, Un génocide sans importance : La Françafrique au Rwanda , Tahin Party, 2001.
MUKAGASANA Yolande et KAZINIERAKIS Alain, Les blessures du silence, témoignages du génocide au Rwanda, Actes Sud, 2001.
Vianney RURANGWA Jean Marie, Nyamirambo, Ecrire par devoir de mémoire, Editions Le Figuier Fest'Africa, 2000.
BAILLETTE Frédéric, 2000, Figures du corps, ethnicité et génocide au Rwanda , Fictions de l'étranger, Quasimodo, 2000.
CHRETIEN Jean-Pierre, L'Afrique des Grands Lacs : deux mille ans d'histoire , Aubier, 2000.
HATZFELD Jean, Dans le nu de la vie : récits des marais rwandais , Seuil (Point), 2000.
JORDANE Bertrand, Rwanda. Le piège de l'histoire : l'opposition démocratique avant le génocide (1990-1994), Karthala, 2000.
MELVERN Linda R., A people betrayed. The role of the West in the Rwanda's genocide , Zed Books, 2000.
RUTEMBESA Faustin, KAREGEYE Jean-Pierre et RUTAYISIRE Paul, Rwanda. L'Église catholique à l'épreuve du génocide . Éditions Africana, Canada, 2000.
SEBASONI Servilien, Les origines du Rwanda . L'Harmattan, 2000.
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QUÉMÉNER Jean-Marie - BOUVET Éric, Femmes du Rwanda , Catleya éditions, 1999.
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